cyrano Séjourne sur Gayland

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 | Sujet: Plus dure est la chute... Hier à 13:34 | |
| 12 octobre 2008 L’art de la chute
Savoir finir : tout un art. Il ne suffit pas de mettre le point final. Encore faut-il préparer l’effet qui fera “chuter” le propos. Dans L’Art de la fiction (Rivages, 1996), David Lodge parle d’”épilogue”, de “post-scriptum”, de “dénouement”, et même de “décélération du discours”, cite la “conclusion” évoquée par George Eliot et le “bouclage” cher à Henry James, avant de dresser les mérites comparés de la fin ouverte et de la fin fermée. Mais de chute, point. Probablement parce qu’elle se prête moins au roman qu’à la nouvelle, en raison de la brièveté de celle-ci. Ce qui m’a fait penser à ce grand art de la chute, ce n’est pourtant ni un roman ni une nouvelle mais une étude de science politique publiée dans la dernière livraison de Raisons politiques (No 31, 2008, 157 pages, 17,50 euros, Presses de Sciences Po), revue trimestrielle de l’école doctorale de Sciences Po. Ce numéro est consacré au “Corps présidentiable”. Il présente un dossier constitué de recherches et de réflexions sur l’incarnation des rôles politiques. Différentes contributions se penchent sur les cas chilien, biélorusse et américain. Mais l’article de tête m’a particulièrement intéressé, allez savoir pourquoi. Intitulé “Nicolas Sarkozy, ou la masculinité mascarade du Président” et il est signé de Catherine Achin et de Elsa Dorlin, toutes deux maîtres de conférences spécialisées dans l’étude du genre, l’une en science politique, l’autre en philosophie (qu’elles me pardonnent mais, “maîtresse de conférences”, je ne m’y fais pas). Leur étude, longue de 25 pages, est fouillée, argumentée, documentée. Rien de polémique malgré le titre et le sujet. Pas une page sans ses sources savantes. Leur analyse reprend notamment une thèse de la psychanalyste Joan Rivière sur la “féminité en tant que mascarade” (1929). Dans le cas de Nicolas, il s’agit de démontrer comment son pouvoir s’incarne. Citons ce passage car il illustre également la manière dont un lexique technique précis est déployé dans cette étude : <blockquote> “La norme de masculinité investie par Sarkozy, qui s’incarne dans une performance de la virilité dominante particulièrement patente à des moments critiques de son itinéraire, peut être ainsi définie comme une mascarade, une performance sexuelle qui valide le dispositif normatif dominant de genre, de sexualité, de couleur et de classe. Définie ainsi, la virilité politique, incarnée par Nicolas Sarkozy, peut passer pour un capital toujours déjà là : comme une identité corporelle naturalisée, essentialisée. Elle est en fait un capital socialement acquis, historiquement construit, mobilisé : en l’incorporant ostensiblement, Nicolas Sarkozy ne cesse de donner des gages, et partant, de valider et de pérenniser, le dispositif normatif qui régit les rapports sociaux”.</blockquote> Précède et suit ce passage une déconstruction en règle du Nicolas sexué dans un jargon sociologique probablement nécessaire et naturel, là n’est pas la question. Tout y passe : le cocu à la déconfiture exposée en plein jour, le couillu emballant finalement la plus belle fille du quartier, le rouleur de mécaniques à la gestuelle et au langage trop familiers, l’outing hétéro du candidat, son attitude vis à vis des Africains, les stratégies de la présence féminine dans son gouvernement, son investissement explicité et inédit dans une “virilité ressource” mettant en avant une masculinité populaire et décomplexée (”Descends si t’es un homme !”), toutes choses faisant de la virilité, pour la première fois dans l’histoire de la République, non plus un privilège mais un capital. On comprend ainsi en quoi le Président incarne le peuple dans une forme de représentativité négative. Et les auteurs de finir, avec un art consommé de la chute, par une phrase qui tranche radicalement avec le ton des 25 pages qu’elles viennent d’écrire : <blockquote>” Le Président, c’est juste un mec, blanc, hétéro, moyennement sexiste et homophobe et tendanciellement raciste”.</blockquote> (”Dispositif normatif virilo-présidentiel en action du côté de Louxor” Photo Gala)
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